Donner à voir la grammaire : quand l'étayage visuel facilite les apprentissages
Et si, pour comprendre les règles de grammaire, les élèves avaient d’abord besoin de les voir ? C'est ce que montre l'étude scientifique Conduites d'étayage dans une séquence de grammaire menée par l’Université de Bordeaux Montaigne et Sorbonne Nouvelle. À partir de l'analyse d'une séance sur la négation, les enseignantes-chercheuses, Marie-Odile Hidden, Malory Leclère et Laura Uribe, montrent comment les gestes, les repères graphiques et les supports visuels constituent des leviers essentiels pour accompagner les apprentissages des élèves allophones. Une lecture utile pour tous les enseignants qui souhaitent rendre leurs explications plus accessibles, particulièrement pour les élèves allophones comme pour l'ensemble de la classe.
La question
Lorsque l'on enseigne à des élèves allophones, on a souvent le réflexe de simplifier son langage ou de reformuler. Mais les explications orales ne sont pas toujours suffisantes. Comment les aider à comprendre des notions grammaticales parfois très abstraites lorsqu'ils ne maîtrisent pas encore suffisamment le français ? Les auteures analysent les gestes, les schémas, les couleurs, les manipulations mobilisés par une enseignante d'élèves allophones pour rendre la grammaire plus concrète et faciliter son appropriation par les élèves.
Le dispositif
Dans cet article, les auteures passent une séance de grammaire à la loupe. Elles observent comment l'enseignante de cycle 3 accompagne ses élèves dans la découverte de la négation, en analysant chacun de ses gestes professionnels. L'enseignante ne s'appuie jamais sur la parole seule. Au cours de la séance, elle multiplie les repères visuels afin d’attirer l’attention des élèves allophones sur les éléments essentiels de la phrase négative. Les mots importants sont mis en évidence grâce à des gestes de pointage et des codes couleurs, les liens entre les éléments de la phrase sont rendus visibles à l’aide de flèches et des supports manipulables, comme les petites « lunettes » qui matérialisent les deux « particules de la négation » ne… pas, viennent renforcer ces repères. Co-construite avec les élèves, la règle émerge ainsi progressivement. Ces appuis ne sont toutefois pas permanents. Très présents au début, l'enseignante les retire progressivement lorsque les élèves commencent à s’approprier la structure de la négation lors des activités de production.
Les résultats
Les résultats montrent que la compréhension de la phrase négative repose sur la complémentarité de plusieurs étayages oraux, visuels et concrets. Ces repères permettent aux élèves de construire progressivement la règle à travers différentes manipulations, ce qui facilite sa compréhension et sa mémorisation. Réinvestis par les élèves allophones dans leurs productions et progressivement allégés par l’enseignante, ces outils favorisent le développement de leur autonomie.
Conclusion
Cette étude met en lumière une idée essentielle : apprendre la grammaire ne consiste pas seulement à écouter une règle, mais aussi à la voir, la manipuler. En associant la parole à des repères visuels, des gestes et des supports concrets, l'enseignante rend l’étude de la négation plus accessible. Les étayages visuels apparaissent comme de véritables outils didactiques et permettent d’accompagner les élèves allophones progressivement vers l’autonomie.
Comment faire ?
Bonne nouvelle : ce qui aide les élèves allophones aide souvent toute la classe à y voir plus clair ! Pour s’entraîner à transformer des énoncés affirmatifs en négation, les élèves fabriquent une petite paire de « lunettes ». Chaque verre correspond à « une particule de la négation » (ne… pas, ne…plus), reliée par un fil qui rappelle leur « fonctionnement indissociable ». Cet outil devient ensuite un support de manipulation pour transformer les phrases et s’approprier la structure de la négation.

Oui oui, c’est moi qui les ai faites… trop facile !
Valérie Lambert
Un mot et la REF :
Comment aider les élèves à repérer la négation ? Avec une bonne paire de lunettes ! M-OH, ML et LU
Conduites d’étayage dans une séquence de grammaire en UPE2A : les outils didactiques au cœur de la multimodalité des pratiques enseignantes
Marie-Odile Hidden, Malory Leclère, Laura Uribe


